Merci à La Société Historique de Disraeli tout spécialement à Jean-Claude Fortier pour son aide.
L'histoire de Disraeli débute au milieu du XIXe siècle, alors que les Cantons-de-l'Est s'ouvrent progressivement à la colonisation. À cette époque, le territoire est presque entièrement couvert de forêts. Les premiers occupants connus, Frédéric Dawson et Olivier Miray, s'établissent près du lac Breeches dans les années 1850, mais c'est l'arrivée d'Octave Champoux en 1868 qui marque véritablement le début du développement de la future municipalité. Séduit par le potentiel des chutes aujourd'hui connues sous le nom de Chutes Champoux, il y fait construire un moulin à scie et confie son exploitation à ses fils, dont John Champoux.
Peu à peu, d'autres familles viennent défricher les terres et bâtir leurs foyers. Les Fortier, Gagnon, Binette, Gagné, Giroux, Faucher, Thibodeau, St-Laurent, Gosselin, Lapointe et plusieurs autres contribuent à façonner ce nouveau milieu de vie. Les premiers commerces apparaissent, dont le magasin général d'Étienne Adams, premier maître de poste, ainsi que l'hôtel d'Honoré Morin, où sera célébrée la première messe en 1878.
Avant d'adopter son nom actuel, le secteur était connu sous le nom de Black Creek. En 1877, il prend le nom de Disraeli, en hommage à Benjamin Disraeli, premier ministre britannique et figure politique marquante du XIXe siècle. Ce choix témoigne de l'influence britannique qui a marqué le développement des Cantons-de-l'Est à cette époque.
L'arrivée du chemin de fer en 1879 transforme profondément l'avenir de Disraeli. Grâce au Québec Central Railway et à la rivière Saint-François, le bois devient le principal moteur de l'économie locale. Pendant des décennies, le printemps annonce le retour de la drave. Des milliers de billots descendent la rivière Saint-François vers les moulins à papier, guidés par des équipes de draveurs. Quatre bateaux - le Tobin, le Wilson, le McRea et le Marine - participent à cette impressionnante opération qui marquera la mémoire de plusieurs générations, tandis que le chemin de fer permet d'expédier traverses, madriers, boîtes, seaux de bois (fabriqués par la compagnie Disraeli Box) et autres produits manufacturés vers les grands marchés.
En quelques années à peine, le petit noyau de colonisation prend de l'ampleur. L'arrivée du chemin de fer stimule le commerce, les familles s'installent durablement et, en 1883, Disraeli franchit une étape déterminante de son histoire en devenant officiellement une municipalité. John Champoux en est élu le premier maire. Cette même année voient également le jour la première commission scolaire et la première église de la paroisse Sainte-Luce, deux institutions qui joueront un rôle essentiel dans le développement de la communauté.
Au tournant du XXe siècle, Disraeli poursuit son développement. Un premier pont remplace le bac (bateau passeur de Vilmaire Brousseau, en fonction depuis 1877) qui reliait les deux rives du lac Aylmer, facilitant les déplacements entre les différents secteurs de la municipalité. Des commerces, une banque, une compagnie de téléphone et plusieurs services viennent répondre aux besoins d'une population en constante croissance.
Cette période est toutefois marquée par plusieurs incendies majeurs qui détruisent une partie du village, notamment sur les rues Laurier et Champoux. Le plus marquant survient en 1924, lorsque la première église est complètement détruite par les flammes. Grâce à la détermination de la population, une nouvelle église est rapidement reconstruite et inaugurée en 1926. Encore aujourd'hui, elle demeure l'un des bâtiments emblématiques du paysage disraelois.
Si le bois demeure longtemps au coeur de l'économie locale, Disraeli voit apparaître au fil des décennies plusieurs entreprises qui marquent son développement. La manufacture Parent et Frères, spécialisée dans les portes, les châssis et le mobilier d'église, ouvre la voie à une importante tradition manufacturière. Plus tard, des entreprises comme Louis De Luca, Émile Gosselin, Quebec Woodenware, R. Gagné et Frères, Gérard Clark ainsi que Shermag contribueront à faire vivre des centaines de familles d'ici.
Dans les années 1940, une entreprise locale fabriquait des boissons gazeuses bien connues sous les noms de Mélody et Opéra Cocktail. Produites par la fabrique de Roméo Gaudreau et Gérard Dubreuil, elles rappellent qu'à une certaine époque, Disraeli possédait même sa propre usine de boissons.
Le dynamisme économique se reflète également dans la présence de nombreux commerces, d'une coopérative agricole, d'une caisse populaire, d'entreprises de services et de nouvelles industries qui participent à la vitalité de la municipalité.
Au fil des décennies, Disraeli poursuit son développement en investissant dans ses infrastructures, ses services et ses équipements communautaires. La construction de l'Aréna 76 en 1976, l'aménagement de la marina en 1996 ainsi que le développement de nouveaux quartiers et de nouveaux espaces industriels témoignent de cette volonté constante d'assurer la qualité de vie des citoyens tout en préparant l'avenir.
Il est aujourd'hui difficile d'imaginer l'importance qu'a eue le chemin de fer. À une certaine époque, quatre trains de voyageurs s'arrêtaient quotidiennement à Disraeli, sans compter les nombreux convois de marchandises. La gare était alors l'un des lieux les plus animés de la municipalité.
Depuis plus de 150 ans, Disraeli a su évoluer tout en préservant ce qui fait sa richesse : son esprit de communauté, son patrimoine, son environnement naturel et son dynamisme. Des premiers pionniers aux générations d'aujourd'hui, chaque époque a laissé sa marque et contribué à bâtir une ville accueillante, fière de son passé et résolument tournée vers l'avenir.
Cette histoire continue de s'écrire grâce à l'engagement de ses citoyens, de ses entrepreneurs, de ses organismes et de tous ceux qui choisissent, chaque jour, de faire de Disraeli un milieu de vie où il fait bon vivre.